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Les cabotins

Personnages : Le marquis – La marquise – Le chevalier

La scène se passe au XVIIe. Prélude d'une soirée festive…


LE CHEVALIER : – Monsieur, je vous salue !

LE MARQUIS : – Monsieur, j’en fais de même !

LE CHEVALIER : – Votre présence me comble d’aise.

LE MARQUIS : – Je vous retourne le compliment.

LE CHEVALIER : – Donnons-nous l’accolade, voulez-vous ?

LE MARQUIS : – J’allais vous le proposer.

LE CHEVALIER : – Je suis ravi que vous fussiez présent.

LE MARQUIS : – Mais je fusse, mais je fusse !

LE CHEVALIER : (montrant le public, tout en s’adressant au marquis) Dites-moi, cher ami, que de monde !

LE MARQUIS : – Ce n’est rien. Quelques intimes que mon épouse fit nous rejoindre au débotté. Figurez-vous qu’elle veut mettre sa troupe au travail, afin que nous ayons la comédie. La chose ne vous siérait-elle point?

LE CHEVALIER : – Que si ! Elle me sied. Elle me sied à souhait. Simplement, permettez que je m’exclamasse sur l’étendue de vos convives.

LE MARQUIS : – Oh, mais comment donc ! Je suis bien heureux que vous manifestassiez vos sentiments. Faites donc, je vous en prie. Exclamatez-vous, cher monsieur ! Exclamatez-vous !

LE CHEVALIER : (à part) Pauvre marquis ! Toujours fâché avec la conjugaison. Il est vrai qu’il n’a plus toute sa tête. En somme, il est légitime que ce soit sa femme qui commande. Pour ma part, cela me convient parfaitement. (haut) Le fait est que nous n’avons pas tous les jours l’occasion d’avoir la comédie.

LE MARQUIS : – Exactement. Les bougres n’ont joué que deux fois, cette année. Et fort mal, encore !

LE CHEVALIER : – Seulement deux fois, dites-vous ? La marquise ne doit guère apprécier d’entretenir des polissons qui ne pensent qu’à se tourner les pouces.

LE MARQUIS : – Je ne vous le fais pas dire !

LE CHEVALIER : – Que voulez-vous ? On ne peut guère attendre de ces pitres. Leur seul mérite est de faire effrontément, à la face du monde, ce que chacun accomplirait s’il n’avait quelque retenue et un minimum de pudeur.

LE MARQUIS : – Euh… Sans doute, sans doute… En tous cas, j’espère qu’ils dérideront la marquise. Depuis quelque temps, je la trouve morose. Je dirais même qu’elle me fait grise mine.

LE CHEVALIER : – Non, vraiment ? Se peut-il ?

LE MARQUIS : – Hélas !

LE CHEVALIER :(à part, au public) Tiens ! Justement, quand on parle de l’ogre… (haut) Mais qui vois-je ? Madame de Trignouze ! Je m’incline, chère amie.

LA MARQUISE : – Acceptez ma révérence, Monsieur.

LE CHEVALIER : – Souffrez que je me courbe, Madame.

LA MARQUISE : – Je me confonds en salutations, Monsieur.

LE CHEVALIER : – Madame, mon chapeau est à vos pieds.

LA MARQUISE : – De grâce, couvrez-vous ! Je ne mérite pas si grand hommage.

LE CHEVALIER : – Je vous baise les mains.

LA MARQUISE : – Vous me flattez.

LE CHEVALIER : – Être en votre compagnie me procure une joie incommensurable.

LA MARQUISE : – Tout autant pour ma part. Sinon plus. (ils sortent…)

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